Le coefficient de conversion de l'électricité dans le calcul du DPE passe de 2.3 à 1.9 au 1er janvier 2026. Ce changement reflète l'amélioration du mix électrique français (plus de renouvelables, moins de pertes). Conséquence directe : un appartement chauffé à l'électricité avec une consommation de 150 kWhef/m²/an passe de 345 kWhep (classe F) à 285 kWhep (classe E) sans aucun travaux. Environ 850 000 logements sortiraient ainsi du statut de passoire thermique. Les seuils A-G ne bougent pas.
Énergie primaire vs énergie finale, la différence
Quand vous allumez un radiateur électrique, le compteur EDF compte les kilowattheures (kWh) qui rentrent chez vous. C'est l'énergie finale, celle que vous consommez réellement.
Mais pour produire ces kWh, il a fallu :
- de l'uranium dans une centrale nucléaire,
- du gaz dans une centrale combinée à cycle,
- du vent ou du soleil pour les renouvelables,
- et acheminer tout ça via le réseau, avec des pertes en ligne.
L'énergie primaire, c'est tout ce qu'il a fallu mobiliser à la source pour vous livrer 1 kWh chez vous. Le coefficient de conversion fait le pont entre ces deux notions. La règle est simple : kWh finaux × coefficient = kWh primaires.
Pour l'électricité française, ce coefficient était 2.3 jusqu'au 31 décembre 2025. Il devient 1.9 au 1er janvier 2026. Pour le gaz, le fioul, le bois, le coefficient reste à 1.0 : ces énergies sont consommées telles quelles, sans transformation en amont.
Le coefficient 2.3, d'où venait-il ?
Le 2.3 datait du début des années 2000, formalisé dans la directive européenne 2002/91/CE et repris dans la réglementation française. À l'époque, le mix électrique français était déjà dominé par le nucléaire mais le calcul intégrait les pertes du réseau et un facteur conventionnel européen un peu arbitraire.
À titre de comparaison, l'Allemagne avait choisi 2.6 parce que son mix charbon-gaz consomme beaucoup plus d'énergie primaire pour produire 1 kWh. Chaque pays a son chiffre, en cohérence avec son mix. Ce que la France appliquait depuis 20 ans correspondait à un mix électrique d'il y a 20 ans, justement.
Pourquoi 1.9 maintenant ?
Trois raisons, plus une politique.
Premièrement, le mix électrique français est devenu plus efficace : montée du solaire et de l'éolien (rendement primaire proche de 1), maintien du nucléaire, baisse du fossile. Le calcul réel donne aujourd'hui un facteur autour de 2.0 selon RTE et l'ADEME. Le 1.9 est légèrement en dessous, ce qui peut faire débat techniquement, mais reste dans l'ordre de grandeur cohérent.
Deuxièmement, l'ancien coefficient était dénoncé comme désavantageant injustement l'électricité, alors que les pouvoirs publics encouragent par ailleurs l'électrification (pompes à chaleur, voitures électriques, ECS thermodynamique). Il y avait une incohérence politique évidente entre "passez à l'électrique" et "votre logement électrique est mal classé".
Troisièmement, la pression sur le marché immobilier liée à l'interdiction de location des passoires thermiques rendait le sujet politiquement urgent. Sortir environ 850 000 logements du statut "passoire" (G en 2025, F en 2028) sans toucher au seuil de la classe F, c'est plus simple administrativement que de revoir toute l'échelle.
Comment le coefficient agit sur votre étiquette
Le DPE classe les logements en kWhep/m²/an (kilowattheures d'énergie primaire par mètre carré et par an). Les seuils de classe restent identiques en 2026 :
- A : moins de 70 kWhep/m²/an
- B : 70 à 110
- C : 110 à 180
- D : 180 à 250
- E : 250 à 330
- F : 330 à 420
- G : plus de 420
Si votre consommation finale était de 150 kWhef/m²/an en chauffage électrique :
- En 2025 : 150 × 2.3 = 345 kWhep → classe F
- En 2026 : 150 × 1.9 = 285 kWhep → classe E
Vous changez de classe sans avoir bougé un radiateur. Pour comprendre quels vrais travaux feraient bouger l'étiquette davantage, voir notre guide passer d'un DPE F à E.
Trois exemples chiffrés
Cas 1 — Appartement 60 m² tout électrique, 9 000 kWhef/an
Consommation par m² : 150 kWhef/m²/an.
- 2025 : 150 × 2.3 = 345 kWhep/m²/an → F
- 2026 : 150 × 1.9 = 285 kWhep/m²/an → E
Sort de la catégorie passoire grâce au coefficient seul.
Cas 2 — Maison 120 m² chauffée au gaz, 18 000 kWhef/an
Consommation par m² : 150 kWhef/m²/an.
- Coefficient gaz inchangé (1.0)
- 2025 : 150 kWhep/m²/an → C
- 2026 : 150 kWhep/m²/an → C
Aucun changement. La réforme ne touche pas le gaz, ni le fioul, ni le bois.
Cas 3 — Studio 30 m² électrique mal isolé, 5 400 kWhef/an
Consommation par m² : 180 kWhef/m²/an.
- 2025 : 180 × 2.3 = 414 kWhep/m²/an → F (limite haute)
- 2026 : 180 × 1.9 = 342 kWhep/m²/an → F (limite basse)
Reste en F. Le coefficient ne suffit pas à sauver tout le monde, contrairement à ce qu'on lit parfois. Ici il faut vraiment isoler.
Les limites de cette réforme
Soyons honnêtes : changer un coefficient ne change rien au confort, à la facture, à l'empreinte carbone réelle. Un logement reclassé E à coup de calcul reste un logement consommant 9 000 kWh de chauffage électrique par an. Si demain le prix du kWh augmente de 10 %, votre facture augmente de 10 % aussi.
Et la dimension carbone du DPE (étiquette GES) ne change pas non plus avec cette réforme. L'électricité française reste très bas carbone (environ 60 gCO2/kWh selon RTE) donc les logements électriques étaient déjà bien notés côté GES, mal notés côté énergie. Le 1.9 corrige juste la deuxième partie.
Si vous voulez vraiment baisser votre consommation et votre facture, le seul levier sérieux reste les travaux : isolation, ventilation, équipement. Notre pilier MaPrimeRénov 2026 explique le financement.
Ce que ça change concrètement pour vous
Trois profils, trois actions à envisager.
Vous êtes propriétaire d'un logement F électrique. Demandez un nouveau DPE après le 1er janvier 2026. Coût : 100 à 250 €. Possible que vous basculiez en E gratuitement, ce qui change votre situation côté location et vente.
Vous êtes bailleur d'un logement G électrique. Faites refaire le DPE rapidement. Si vous basculez en F, vous gardez le droit de louer jusqu'en 2028. Si vous restez en G, vous tombez sous l'interdiction de location applicable depuis 2025.
Vous êtes acheteur. Méfiez-vous des annonces qui affichent encore les DPE de 2025. Demandez un DPE refait après la réforme : la classe peut être moins flatteuse… ou plus, selon l'énergie de chauffage.
Sources
- ADEME, "Coefficient de conversion en énergie primaire de l'électricité" (note technique 2025)
- RTE, bilan électrique annuel 2024
- Arrêté du 31 décembre 2025 modifiant l'arrêté du 31 mars 2021 relatif au DPE (Légifrance)
- Service-Public.gouv.fr, fiche DPE